Discours de Monsieur le maire aux Tirailleurs Sénégalais

Mesdames et Messieurs les élus du conseil municipal,

Madame la conseillère départementale,

Monsieur le représentant du Délégué militaire départemental,

Messieurs les officiers de gendarmerie,

Monsieur le Président par intérim du comité de Lomagne du Souvenir Français,

Messieurs les porte-drapeaux,

Mesdames, Messieurs,

Nous commémorons aujourd’hui, comme chaque année depuis 1922, la fin de la Première Guerre mondiale.

Nous nous recueillons en mémoire des morts glorieux des conflits anciens et récents.
Cette commémoration intervient dans un contexte de crispation nationale et de profondes fissures au sein de notre société.

La France du son des cloches et des salves de canons célébrant l’Armistice de 1918,
la France du glas des églises rendant hommage à ses morts tombés sur le champ de bataille,
traverse aujourd’hui une période de crise. Notre pays vit dans la crainte d’un recul de son unité, de ses valeurs et de ses traditions, menacées tant sur le champ de la guerre réelle que dans celui du cyberespace.

La manière de faire la guerre a évolué, les menaces se font plus vives, et les tensions diplomatiques se sont accentuées, y compris avec certains de nos partenaires africains.

En octobre dernier, il y a tout juste un mois, un comité de chercheurs a remis à l’État du Sénégal le rapport final sur le massacre de Thiaroye, survenu en 1944.

Ce drame fit suite à la réclamation du paiement d’arriérés de solde par les tirailleurs africains auprès de l’armée coloniale française.

Ces soldats, tués alors qu’ils venaient de combattre dans les tranchées contre l’Allemagne nazie, représentent une page sombre de notre histoire.

Ce passé ne nous honore pas, d’autant plus que ces hommes étaient les frères d’armes des 73 soldats africains inhumés dans ce cimetière militaire, venus eux aussi combattre aux côtés de la France durant la Première Guerre mondiale.

Il y a là un paradoxe historique que nous réparons chaque année à travers nos commémorations et nos hommages à ces soldats arrachés à leurs familles et à leurs terres.

Tout cela nous rappelle que notre passé, aussi glorieux soit-il, comporte également ses zones d’ombre.

Il nous appartient, à notre niveau, de faire nation, de faire société, en dépassant les divisions, les attitudes et les discours belliqueux. Car ce qui nous rassemble est toujours plus fort que ce qui nous divise.

La France a toujours su étonner le monde lorsque nul ne s’y attendait. L’exemple du Général Éric Boss, ancien président du comité de Lomagne du Souvenir Français et officier de l’armée française, en est l’illustration.

Depuis son retour à la vie civile et jusqu’à son décès, le 6 août dernier, le Général Boss s’est consacré au devoir de mémoire, en entretenant ou en faisant entretenir les tombes des soldats africains que vous voyez derrière moi.

Cette commémoration des Tirailleurs sénégalais est aussi le fruit de son travail, de celui de son équipe qu’il a su fédérer, et de son attachement profond aux soldats africains ainsi qu’à leur dignité.

Le Général Boss ne supportait pas de voir les herbes envahir ce cimetière : il s’y rendait régulièrement et veillait personnellement à son entretien.

Il comprenait la souffrance du passé, le poids de l’histoire et la complexité du rapport entre la France et l’Afrique.

Le Général Boss aimait le djembé.

Encore l’année dernière, à l’occasion de la cérémonie d’hommage aux Tirailleurs sénégalais, il échangeait quelques pas de danse, tout sourire, avec nos amis de Bordeaux.

Malgré le poids de l’âge, la fatigue et la maladie, le Général Boss n’a jamais cessé d’agir pour que jamais l’on n’oublie. Je souhaite aujourd’hui rendre hommage à celui qui a consacré toute sa vie civile à commémorer nos morts.

Parce qu’il portait en lui une part d’Afrique, je vous invite à observer une minute de silence en sa mémoire, ainsi qu’en celle des Tirailleurs sénégalais inhumés ici.

Je vous remercie.

Enfin, le Général Boss est à l’origine du livre d’or que nous allons inaugurer aujourd’hui.
Il l’a souhaité, l’a suivi avec attention et s’est même déplacé, sous la pluie, avec Michel Laporte,
pour constater et apprécier le travail remarquable réalisé par les services techniques de la ville de Lectoure.

Aujourd’hui, le Général Boss et les Tirailleurs sénégalais nous observent et nous entendent, de là où ils se trouvent.

Tous ont servi la France. Ne les oublions pas !

Vive la France !

Vive la République !